Un nouveau projet de Musée des beaux-arts chamboule la donne
SURPRISE Un groupe de personnes privées lance «Tradition et Audace». Original, le concept déplace une aile de Rumine à Rivaz et flanque l’actuel bâtiment de la Riponne d’un geste architectural fort et moderne.
FRANCINE BRUNSCHWIG 01.04.2009 00:01
C’était, hier, le dernier jour pour le dépôt des candidatures à la construction du futur Musée des beaux-arts. Surprise: un dossier de dernière minute pourrait bousculer la donne et, miracle, fédérer tous les amoureux du projet, qu’ils le voient au bord du lac, dans le canton ou au centre de Lausanne.
Candidates annoncées, les communes de Lausanne, de Montreux, de Morges, d’Ollon et d’Yverdon ont semble-t-il confirmé leur volonté d’héberger l’institution artistique. Il faudra néanmoins attendre quarante-huit heures pour connaître la liste officielle de tous les sites candidats. Le Conseil d’Etat la publiera vendredi. On saura à ce moment-là si Lausanne appuie le nouveau projet intitulé «Tradition et Audace», porté par un groupe de personnes privées prêtes à assurer une partie substantielle de son financement.
«Cela stimule la créativité»
«Tradition et Audace», comme son nom l’indique, conjugue deux démarches inédites et étroitement liées: d’une part le transfert, pierre après pierre, d’une aile du Palais de Rumine sur le site des anciens Moulins de Rivaz. Reconstitué à l’identique, le bâtiment hébergerait, au bord du lac et au pied du vignoble de Lavaux, le Musée de zoologie, qui quitterait ainsi le Palais de Rumine. D’autre part, l’espace ainsi dégagé ferait place à la construction d’une nouvelle aile destinée à devenir le nouveau Musée des beaux-arts.
«Pour l’heure, je ne peux rien confirmer, le délai est échu hier soir et nous ne savons pas encore quels sont les différents sites que présente la ville de Lausanne», déclare Bernard Decrauzat, président du groupe cantonal d’évaluation des sites candidats. L’ancien patron du CHUV ne cache cependant pas un certain engouement: «Je constate qu’il y a une grande diversité de projets et que cela stimule la créativité. On nage en plein bonheur!»
«De nombreux avantages»
«Ce projet cumule de nombreux avantages», explique l’un des promoteurs, qui privilégie la discrétion avant l’examen du dossier. «D’abord, il ramène les dinosaures du musée dans la nature, là où courent aujourd’hui leurs descendants, les lézards! Accessoirement, il redonne aux navigateurs un repère sur la rive.»
Plus sérieusement, notre interlocuteur relève qu’il se situe dans la droite ligne des propos tenus par Silvia Zamora. Evoquant tous les possibles, la municipale lausannoise avait en effet suggéré «de démolir une aile et construire quelque chose de moderne à la place» (24 heures du 27 février).
Pour l’architecte qui a conçu les grandes lignes de «Tradition et Audace», les exemples réussis de synergie entre tradition et modernisme sont légion: les Pyramides du Louvre, le Prado à Madrid, la Kunsthalle à Berne, etc. «Et Pierre Keller, qui souhaite qu’un «architecte d’exception» signe un nouveau musée au centre-ville, devrait être séduit», relève notre interlocuteur.
Paradoxalement, l’obstacle le plus sérieux pourrait se situer à Rivaz, car le site choisi pour le Musée de zoologie (et, accessoirement, un Espace Franz Weber auquel les pères du projet tiennent beaucoup) est déjà pris.
Le syndic de Rivaz est sceptique
Démolis en 2005, les Moulins de Rivaz ont laissé un bel espace au bord du lac. Y installer le Musée de zoologie pourrait adoucir le blues des nostalgiques de Bellerive. Le hic, c’est que le site s’apprête à accueillir le Lavaux Vinorama, lieu de découverte de la vigne et du vin. Se déclarant très surpris par le projet, Pierre Monachon, syndic de Rivaz et membre de la Fondation Les Moulins de Rivaz, ne s’y oppose pas d’emblée. Mais il ne cache pas son scepticisme. «C’est un vieux serpent de mer qui revient. Mais c’est trop tard. Le Vinorama doit être inauguré cet automne», affirme l’élu de Lavaux. Mais les deux bâtiments ne pourraient-ils pas coexister? «Alors ça… L’art n’est pas vraiment mon domaine», lance le vigneron.
F. BG

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